30.09.2009

Supposons

Supposons qu'un homme entende mettre volontairement fin à ses jours lorsque la maladie, la vieillesse, la souffrance auront eu raison de son désir de vivre.

Supposons que cet homme parvienne à convaincre plusieurs de ses semblables du bien-fondé de ses vues, et qu'ils se constituent en association pour défendre leur droit à mourir volontairement.

Supposons enfin que, par un militantisme efficace, cette association obtienne le vote d'une loi en faveur du droit de mourir dans la dignité ; que cette loi, seulement censée ouvrir un droit individuel, remporte un grand succès.

Comment, alors, nommera-t-on l'option contraire? Réponse évidente : le droit de mourir dans l'indignité. Qui pourra donc vouloir mourir dans l'indignité? On se rendra compte alors, mais trop tard, que les mots de la loi auront défini une nouvelle morale, une ligne de partage entre la personne humaine et la non-personne. On le sait bien : la notion de dignité est attachée à l'humanité. Ou, comme l'écrit Chantal Delsol, la dignité est ce qui distingue l'humain du non-humain.

Et ce que l'on présente comme une simple option individuelle deviendra idéologie de destruction. Est-ce cela que l'on veut, quelques décennies à peine après la chute des régimes totalitaires du XXème siècle?

Commentaires

On pourrait poser la question autrement : si les régimes totalitaires du XXème siècle ont chu dans leur EXISTENCE, ont-ils véritablement chu dans leur ESSENCE ?

Supposons à présent que nous fassions très exactement correspondre aujourd'hui nos existences à ce que nous considérons comme nos essences : resterait-il seulement encore la "simple option individuelle" d'éditer un blog... ou d'en commenter un autre ?

Écrit par : Michel | 05.10.2009

Je vous suis dans votre première question, mais je ne comprends pas bien la seconde : considérez-vous que notre essence soit contradictoire avec l'exercice de la liberté individuelle? Bien au contraire, me semble-t-il.

Écrit par : Olivier C. | 05.10.2009

Notre essence contradictoire avec l'exercice de la liberté individuelle ? Il ne manquerait plus que cela, effectivement : ce serait nous réduire à des têtes de bétail !

Il me faut donc visiblement reformuler ma supposition afin d'en lever toute ambiguïté. Ce que je voulais suggérer, c'est que précisément l'exercice de cette liberté se confronte avec celle de l'autre... qui en a parfois une vision plus étriquée, plus aliénante pour lui-même, et pour les autres par rebondissement. Si vous avez une majorité qui adopte cette vision, que devient la minorité embrassant un regard plus large ? Elle subit nécessairement des pressions (souvent inconscientes) de l'autre partie afin de réviser ses "prétentions" à la baisse : c'est le fameux nivellement par le bas. Dans cet esprit, l'édition d'un blog qui contrecarre de telles pressions fait grincer quelques dents : dans le principe, en dehors des possibilités techniques qu'offre ce média, rien de bien nouveau sous le soleil.
Cela éclaircit-il ma seconde question ?

Dans le même registre, cela ne signifie pas que je cautionne cette fameuse phrase : "la liberté des uns s'arrête où commence celles des autres". À mon sens, c'est là poser des limites arbitraires à la liberté, qui ne se partage pas comme une part de gâteau mais s'enrichit MUTUELLEMENT de celle de l'autre sans rien lui en retirer. Ce qui suppose de se lancer dans un sacré débat !

Écrit par : Michel | 05.10.2009

Bonjour à toutes et à tous,

Pour ne pas encombrer ici la place pour un commentaire assez long, et permettre de conserver une mise en page qui n'est pas possible ici , je propose simplement le lien vers ma page de commentaire où , dans le cadre d'un forum , vous pouvez vous-mêmes redonner votre point de vue .


http://ultimeliberte.fr/guppy/thread.php?lng=fr&pg=23&id=0&cat=3#0


Il s'agit en effet d'un site ouvert pour une association en cours de constitution dont le but est de rendre possible l' exercice de notre "ultime liberté" , donc dans une direction différente de celle proposée sur ce blog .
Mais nous sommes et resterons ouverts aux discussions et objections qui peuvent faire murir la réflexion des uns et des autres.

Cordialement , malgré le désaccord probable ...

Écrit par : Armand Stroh | 28.11.2009

Monsieur, lu votre billet ... mais qui me semble oublier l'essentiel : la réalité concrète. Se placer au plan des principes (liberté individuelle, autonomie morale, etc.) n'est pas très compliqué quand on est bien portant et parfaitement lucide. Or, les situations de demandes d'euthanasie sont ambiguës et complexes. Le malade modifie sa demande au cours du temps. Il y a une pression de la famille. Il y a aussi l'attitude des soignants. Un malade que l'on vient voir tous les jours n'orientera pas sa volonté dans le même sens que s'il est isolé. Au milieu de ces situations, il est illusoire de croire en une autonomie de la volonté, libre et égale pour tous. Le Dr Claire Fourcade l'a écrit. L'évaluation de la loi belge sur l'euthanasie le dit aussi. Face à ces questions, il n'est pour moi qu'une réponse possible : garantir au maximum l'intégrité de la vie humaine, sans s'interdire les soins palliatifs. Entre le faible et le fort, c'est toujours la liberté qui opprime et la loi qui affranchit. Quant au droits de l'homme ... quelle valeur leur attribuez-vous si l'on ne s'entend pas, vous et moi et d'autres, sur le respect de la vie humaine?

Écrit par : Olivier C. | 29.11.2009

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